Episode 51

   Tristan finit par retrouver Marianne, seule, dans une rue faiblement éclairée, non loin du Petit Marcel. Essoufflé, il s’arrêta net devant elle, évitant une grande flaque d’eau. Elle était hors d’elle, les yeux pleins de larmes. Il voulut la prendre dans ses bras mais elle recula aussitôt d’un pas. Le reflet de sa silhouette disparut à la surface de l’eau, laissant de petits halos se former autour des pieds de Tristan qui s'était avancé. 


“Où est Zofia?”


“J’ai été odieuse...elle a préféré partir.”


Ils n’échangèrent pas un seul mot dans le bus qui les ramena chez eux. Seule, adossée au fond du bus, Marianne resta les mains dans les poches, la tête boudeuse. Quelques sièges devant elle, les vibrations et les vrombissements du bus bercaient Tristan. Son corps épousait chaque virage. Il regardait les rues défiler devant lui. Paul, amoureux d'un garçon! Il n'en revenait pas. Il s’étonnait lui-même d’avoir tout de suite compris. Leurs regards, leurs attitudes à tous les deux. L’avait-il toujours su inconsciemment? Peut-être. Était-il si étonné que ça finalement? Non pas vraiment. Il était avant tout ravi pour lui. En réagissant comme il l'avait fait, il s'était trouvé plutôt à la hauteur. Pourtant, un sentiment d'étrangeté s'empara de lui. Il essaya de se mettre à la place de Paul un instant. Il n'avait jamais embrassé un garçon de sa vie. Il tentait de se voir dans les bras d'un homme. Après tout, n'était-ce pas plus facile puisqu'on connaissait déjà l'anatomie de l'autre? Il sourit à cette idée qui ne lui était jamais venu à l'esprit. Avant de rencontrer Marianne, il s'était déjà imaginé faire l'amour avec un homme, lorsqu'il s’adonnait à des plaisirs solitaires, comme pour comparer, essayer, tester les multiples possibilités que lui offrait son corps. Il avait gardé ça pour lui et en avait un peu honteux. Non, décidément, il était bête de tout rapporter au sexe. Paul était avant tout amoureux, certes d'un garçon mais amoureux avant tout. Allait-il pour autant le considérer différemment à compter d'aujourd'hui? Cette révélation allait-elle tout changer entre eux? Il espérait que non. 


   Arrivés à leur appartement, Marianne resta prostrée dans un mutisme toute la soirée. Une fois couchés, Tristan essaya de la prendre dans ses bras mais elle le repoussa vivement. Il se retourna et remonta la couverture.


“Il faudra bien qu’on en parle. Tu vas pas faire la gueule éternellement.” 


Il éteignit sa lampe de chevet. Marianne demeura silencieuse. Tristan restait éveillé à l'affût d’une réaction, aussi minime soit-elle. Il entendait sa respiration. Il savait très bien qu’elle ne dormait pas. Demain serait un jour difficile car il faudrait bien crever l’abcès entre eux.